lundi 2 janvier 2017

Le blogue déménage!

Idées multiples déménage!

Le blogue sera dorénavant publié à l'adresse suivante: http://ideesmultiples.ca/. Les articles et commentaires déjà publiés ont eux aussi été transférés au nouveau site.

À bientôt!

dimanche 14 février 2016

Romanophonie et intercompréhension

Carte de l'espace romanophone
Tel qu'expliqué dans mon message précédent, je suis d'avis qu'il ne faut pas oublier de replacer la Francophonuie dans le contexte de ce qu'on peut appeler la « romanophonie », c'est-à-dire la communauté des locuteurs de langue romane et même plus généralement dans celui de la « latinité » (ensemble culturel auquel appartiennent notamment, à divers degrés et de manière non exclusive, tous les peuples de langue romane).

Notre appartenance à la romanophonie nous donne un accès privilégié aux autres langues et cultures romanes (et vice-versa). Apprendre une langue romane losqu'on est romanophone, c'est en grande partie apprendre les différences entre sa propre langue et celle qu'on apprend. La majorité des concepts, de la syntaxe, du vocabulaire, restent très proches (mention spéciale pour le roumain et ses quelques idiosyncrasies tout de même... ça ne l'empêche pas de rester acessible à mon sens). Un texte est en général au premier abord partiellement transparent, on sent qu'il ne manque que peu de connaissances pour attendre une compréhension satisfaisante.

C'est à travers mon intérêt pour les langues romanes que je me suis un peu penché sur le comcept d'intercompréhension à l'intérieur d'une même famille linguistique. Celle-ci se fonde sur deux prémisses:
  • Il est en général plus simple d'atteindre une compétence passive (surtout à l'écrit, où l'on n'est pas gêné par le rythme ou la prononciation du locuteur) dans une langue qu'une compétence active (prodution orale et écrite autonome).
  • Les langues romanes étant très transparentes les unes aux autres, atteindre cette compétence passive dans les autres langues est un objectif réalisable et réaliste en un laps de temps relativement court.
De là l'idée, entre romanophones (mais aussi au sein d'autres familles linguistiques - les langues slaves sont par exemple aussi très transparentes les unes aux autres). Des « romanophones » accomplis pourraient se parler dans leur langue respective et s'attendre à être compris d'autres romanophones de langue maternelle différente. La romanophonie représente un ensemble linguistique de près d'un milliard d'individus.
Dans les faits, de manière plus réaliste, j'ai qu'à l'oral, les gens préfèrent en général utiliser une même langue, même si ce type d'interactions demeure tout à fait possible. Je crois qu'il y a par contre un grand avenir potentiel à l'écrit. En effet, sur Internet, il est très facile de rentrer en contact avec du contenu écrit. Un de vos amis brésiliens partage un article sur un sujet qui vous interpelle sur les réseaux sociaux? Pas de problème si vous avez une bonne connaissance de ce que j'appelle le « vocabulaire roman » étendu, quelques concepts et mots-clés de base du portugais et, idéalement, un peu d'entrer (c'est mon cas, je lis des articles en portugais sans problème sans le parler couramment).

Un nouveau paradigme pour l'apprentissage des langues?

L'objectif de compréhension plutôt que de production du discours peut à mon sens représenter une autre manière d'aborder l'enseignement des langues étrangères. Pourquoi ne pas viser la compétence active tout de suite et ne se limiter qu'à une demi-compétence, demanderont certains? Soyons réalistes, la plupart des cours (du moins « classiques »), particulièrement en milieu scolaire mais pas seulement, se donnent un double objectif de production et de compréhension, mais la majorité des participants sont loin d'atteindre le niveau visé. Ceci peut être attribué à nombre de facteurs, comme par exemple la motivation, mais il ne faut pas oublier que dans tous les cas, un apprentissage dans un contexte scolaire ou « classique » donne souvent des résultats limités.

Cela veut-il dire qu'il faille abandonner toute apprentissage dans ce cadre? Pas nécessairement, et on pourra peut-être s'aider si on accepte de changer un peu nos buts. L'objectif de compréhension est plus facile à atteindre que celui de la production active, sutout pour une langue de la même famille que celle de l'apprenant. Des résultats concrets peuvent rapidement être atteints, ce qui aiderait sans doute à maintenir la motivation. De plus, celle-ci est (au moins dans le cas d'un cours de langues romanes) un puissant soutien à la compréhension des structures de la langue française, grâce à la comparasion qui s'opère avec celles de nos langues-sœurs. C'est aussi une excellent introduction à l'étymologie, à l'histoire du français et des langues romanes, ainsi qu'à la linguistique historique. Elle permet de situer le français dans l'espace linguistique actuel.

Un tel cours montrerait du vocabulaire fondamental ainsi que les différences et les correspondances systématiques entre langues romanes, ce qui permet de s'approprier rapidement la grande quantité de vocabulaire apparenté (exemples). En prime, cet apprentissage aidera aussi les francophones à comprendre, par exemple, d'où vient le système orthographique du français qui, de relativement opaque, cesse de l'être pour apparaitre comme le résultat d'une histoire certes tortueuse, mais compréhensible.

À ceux qui pourraient (assez légitimement) penser qu'il ne s'agirait que d'une compétence tronquée et inutile, rappelons que la compétence des élèves de l'enseignement secondaire est souvent faible de toute manière. Alors pourquoi ne pas se donner des objectifs un peu différents? Ceux qui développeront un intérêt approfondi pour l'une ou l'autre des langues romanes étudiées auront une longueur d'avance et pourront passer à la pratique active très facilement. Les autres auront acquis une plus grande culture générale et une meilleure compréhension de leur langue.

Comment apprendre?

L'un des livres les plus complets que je connaisse sur le sujet est celui de Paul Teyssier, Comprendre les langues romanes, qui passe en revue les pricipaux points importants pour atteindre la compréhension à l'écrit de l'espagnol, du portugais (dont l'auteur est spécialiste), de l'italien et du roumain. À ma connaissance, il s'agit du seul ouvrage « de référence » sur le sujet en français, bien qu'il existe d'autres ressources, telles que des cours et des méthodes.

Il existe par exemple un projet de l'Union latine (qui a malheureusement cessé ses activités et constituait un embryon de romanophonie formelle), Itinéraires romans (qui demeure accessible) qui s'adresse aux jeunes

Notons aussi la création du CLOM (cours en ligne ouvert et massif) de l'Organisation internationale de la francophonie, se donnant pour but de former à l'enseignement de l'intercompréhension. 

Reste ensuite la pratique... La presse de très nombreux pays est accessible gratuitement sur Internet, alors profitons-en! J'ai aussi remarqué que la lecture d'articles Wikipédia était souvent relativement aisée.

Qu'attendons-nous pour être romanophones?

mardi 26 janvier 2016

Francophones d'Amérique - et du monde!

Le monde francophone (auteur: aaker)



Le Québec a l'habitude de se percevoir presque exclusivement comme minoritaire, ilot francophone dans une Amérique du Nord anglophone. De nombreux Québécois croient donc implicitement que le français les isole du reste du continent, voire du monde. Or, il n'en est rien.

Prenons un peu de recul et regardons le monde: le nombre de francophones se compte en centaines de millions et est en plein croissance, notamment en Afrique. Le français est diffusé sur tous les continents et la culture française, et plus largement francophone, a largement contribué à façonner l'Occident moderne. Voilà qui commence bien.

Le Québec est donc le maillon nord-américain d'un des réseaux culturels, linguistiques et humains les plus vastes au monde! Le caractère francophone du Québec, loin d'isoler le Québec est sa principale porte d'entrée sur le monde extérieur, au-delà de l'Amérique du Nord. J'aime assez la chronique de Jean-Benoît Nadeau sur la Francophonie au quotidien québécois « Le Devoir » pour son insistance sur ce point. Il n'hésite pas à rappeler que le français relie le Québec au vaste monde. Sa première chronique s'ouvre d'ailleurs sur les mots: « Le Québec n’a pas le pétrole, mais il a sa langue. »  Les franchophones sont un réseau de soutiens et d'alliés que de nombreux peuples peuvent lui envier, à commencer par la France (en donnant par exemple une impulsion importante à la paradiplomatie québécoise), mais pas seulement. C'est un réservoir de croissance sous-exploité (vrai des autres pays francophones aussi).

Mais l'anglais? Et la vaste et puissante Amérique du Nord? L'erreur commise par certains est de croirer qu'être francophones nous couperait du reste de l'Amérique du Nord, voire du monde. Pour les États-Unis et la Canada anglais, vu la l'histoire et la géographie du Québec, on peut considérer qu'il est et proche et partie prenante de la culture anglo-américaine de toutes façons. Nous connaissons bien la manière de penser et la culture de nos voisins, bien mieux qu'ils ne nous connaissent nous, entre autres à travers la quantité énorme de produits culturels qui défèrlent sur nous (et d'autres) chaque année. Ils sont nos voisins et à ce titre des partenaires commerciaux et politiques importants.

Mais au-delà? La francophonie nous rapproche non seulement de l'Europe (où vivent de 70 millions de francophones, dans des États riches et influents) et de l'Afrique (où vivront la majorité des francophones à l'avenir, et en pleine croissance), mais aussi du reste de l'Amérique, hispanophone et lusophone. En effet, nous devons toujours considérer que notre francophonie s'insère dans un réseau latin plus vaste, la « romanophonie », ensemble des locuteurs de langues romanes, liés par l'origine commune de leurs langues, qui les rend leur apprentissage éminemment accessible, mais aussi plus largement à la tradition européenne « continentale », dans la mesure où celle-ci s'oppose à la tradition britannique majoritaire en Amérique du Nord (avec par exemple le droit civil, un individualisme plus tempéré, etc.).

Le monde « romanophone » (auteur: Qyd)
Tout ceci nous permet d'affirmer deux choses:
  • Le Québec est prédisposé à servir de pont entre l'Amérique du Nord et la francophonie, l'Amérique latine et même plus.
  • Le Québec représente la vraie ouverture et la vraie diversité culturelle en Amérique du Nord, en tant que seule société du continent dont la matrice culturelle n'est pas (majoritairement) britannique. 
Au contraire, l'Amérique anglophone, dépositaire, certes, d'une des plus grandes cultures du monde, est, elle, assez largement hermétique aux autres cultures. Elle est certes ouverte à la circulation des individus et au commerce, mais ça n'a pas grand chose à voir. La production culturelle consommée y est ango-saxonne ou du moins en anglais et le reste n'est en définitive accessible qu'aux initiés. L'aprentissage des langues étrangères y est rare. Et ce ne sont pas les soirées passées dans des restaurants chinois, thaïs ou italiens qui y change quelque chose. Rien ne sert dans ces conditions de se gargariser de « multiculturalisme ». D'autres feraient certes pareil et l'effet de masse peut jouer un rôle. Il ne s'agit pas de lancer la  pierre, mais dans le contexte qui nous intéresse, il peut être utile de s'en rappeler.
Autant dire que les Québécois n'ont aucun complexe quel qu'il soit à avoir sur le plan de l'ouverture au monde par rapport au reste de l'Amérique du Nord. Le Québec possède un taux de bilinguisme très élevé. De nombreux Montréalais sont trilingues. On pourrait même faire mieux si on se rendait plus compte encore que maintenant de la facilité d'accès de l'espagnol et du portugais pour les francophones. Il est tout à fait faux d'affirmer que le Québec est coupé du reste de l'Amérique ou du monde en raison de sa singularité. Je crois que c'est tout le contraire.

Plus encore, si le Québec est l'un des États non souverains les plus connus de la planète, il le doit bien entendu à sa francophonie. C'est essentiellement par elle qu'il existe et qu'il est ouvert au monde. Qu'on se le dise!

dimanche 10 janvier 2016

Oui à la paradiplomatie!

Qu'est-ce qu'être un État indépendant, traditionnellement? Bien sûr on pense à l'autonomie interne (choisir ses propres lois), mais plus encore, selon moi, c'est la capacité d'entrer en relation avec d'autres États. C'est d'ailleurs pour ça que la souveraineté d'un État n'a logiquement rien à voir avec une quelconque fermeture. Être indépendant, c'est précisément avoir la capacité de gérer librement ses relations avec l'extérieur et de se représenter soi même. C'est se mettre au contact du monde.

C'est l'une des raisons qui me poussent à considérer que l'un des accommodements les plus utiles aux peuples, régions et États non souverains qui ne peuvent ou ne veulent pas se donner l'indépendance est le développement de ce qu'on appelle la paradiplomatie, c'est-à-dire les relations extérieures autonomes, dans différents domaines, d'entités subétatiques. L'idée est de permettre à ces régions et États fédérés, dans le cadre de leur État souverain, de se constituer une personnalité face au monde, une identité dont ils sont responsables et qui ne s'en remet pas complètement à leur État d'appartenance pour interagir avec le reste du monde.

Cette perspective dessine un compromis réaliste (la paradiplomatie est un secteur en plein développement) permettant une existence autonome face au monde, revendiquée par de nombreux peuples sans États, sans nécessairement remettre en cause les cadres légaux et étatiques existants.
On peut dire que d'une certaine manière, chacun y trouve son compte. Pour l'État tutélaire, cela pourrait rendre probable la remise en cause de l'appartenance de l'entité au pays en lui permettant de le contourner dans certains cas, mais de manière encadrée, et comble en partie l'aspiration à l'existence autonome de cette entité.

Le Québec est d'ailleurs l'un des pionniers en matière de paradiplomatie, avec la doctrine dite « Gérin-Lajoie », qui postule que les compétences conférées au Québec au sein de la fédération canadienne se prolongent à l'extérieur du cadre fédéral canadien et permette légitimement au Québec d'agir à l'international dans ces domaines, ce qu'il fait depuis les anneés 1960.

Même en France, une forme de paradiaplomatie existe, qu'on appelle « coopération décentralisée » ou quelquefois « diplomatie des territoires ». De nombreuses régions françaises ont des stratégies de développement à l'international, notamment pour faire la chasse aux investissements étrangers. Elles signent, de plus, de nombreux accords de coopération avec des collectivités territoriales étrangères diverses, européennes ou non.

La constitution belge donne à ses entités fédérées le droit de gérer leurs relations à l'international dans leurs domaines de compétences respectives.

La Bavière, la Flandre, la Catalogne, le Pays basque ne sont pas en reste en matière de paradiplomatie, sans compter des provinces canadiennes telles que l'Alberta, la Colombie-Britannique et l'Ontario. C'est une tendance importante et relativement peu connue des relations internationales actuelles. Elle est toutefois parfaitement logique car de nombreux domaines de gouvernance actuelle, à plusieurs niveaus, nécessitent des actions à l'extérieur.

Plusieurs provinces dont le gouvernement libéral du Québec, ont d'ailleurs rappelé leur attachement à une représentation autonome de leurs intérêts en participant de manière visible à la COP 21 à Paris et ce, en bonne intelligence avec le gouvernement fédéral.

Au Canada, le fait paradiplomatique, pratiqué par le Québec mais aussi par les autres provinces, est dans la pratique toléré. Il n'a jamais été remis en cause de manière frontale au niveau fédéral. D'ailleurs, la Loi constitutionnelle de 1867 n'attribue pas spécifiquement la responsabilité des relations extérieures au palier fédéral (même si on peut considérerer que cette attribution était implicite dans le Statut de Westminster de 1931 - sans toutefois porter préjudice à la capacité des provinces à le faire elle aussi).

En attente d'une majorité favorable à la souveraineté du Québec (si c'est ce que les Québécois veulent), une paradiplomatie active permettra de « faire comme si », tout en restant à l'intérieur de la fédération canadienne. Un Québec qui parle au monde sans abandonner le lien canadien... À la lumière de l'attitude des Québécois face à la perspective de la souveraineté, c'est-ce pas finalement ce qu'ils ont, en un sens, toujours voulu?

Bonheur des « petites nations » et régions particularistes?

Les temps modernes sont-ils au bonheur des « petites nations », régions particularistes à l'autonomie plus ou moins développée?

À l'heure où les États-nations établis voient leur pouvoir relativisé (mais pas leur pertinence anéantie, comme nous l'avons vu dans le message précédent, et comme nous le verrons d'ailleurs probablement plus tard), l'une des évolutions de ces dernières décennies est l'émergence de nouveaux nationalismes et régionalisme subétatiques.

On pensera bien sûr au Québec, mais aussi au Pays basque espagnol, à la Catalogne, à l'Écosse, au Pays de Galles, à la Bretagne, jusqu'à un certain point à l'Alsace (ces derniers semblaient - jusqu'à la triste disparition de leur région par un coup de crayon technocratique - pratiquer un régionalisme à la fois efficace mais hyperdiscret). On peut aussi parler du Tyrol du Sud en Italie (région germanophone prise à l'Autriche après la Première Guerre Mondiale), sans parler des nationalismes postsoviétiques, etc.

Dans bien des cas, il est facile de comprendre l'attrait des petites nations pour leurs membres. Bien sûr, le sentiment identitaire s'appuie assez sur des contentieux historiques, comme au Québec, mais j'ai une théorie parallèle, complémentaire.

La plupart des humains appartiennent à plusieurs sphères identitaires, ce qui est normal et souhaitable. Jusqu'à un certain point, ils « magasinent » une identité valorisante entre les différentes options qui leur sont offertes. C'est d'ailleurs à mon sens l'un des ressorts principaux de l'assimilation culturelle, sur laquelle il faudra revenir plus tard.

Alors que de nombreux Français sentent leur pays décliner (en partie à tort) ou relativisé (à raison), pour de nombreux régionalistes, c'est l'occasion d'exprimer un sentiment latent d'identité locale éclipsé par la force de la construction nationale. 

Cette expression de sentiments locaux est d'autant plus valorisante que lesdites « petites nations », quelquefois confortées par des succès économiques récents (Pays basque, Catalogne, Bretagne) n'ont à peu près rien à perdre.

Prenons la Bretagne. Comme toutes les régions françaises, son autonomie est faible. Son histoire assez récente la place dans une position périphérique par rapport à Paris, tant d'un point de vue géographique que culturel. Le breton est n'est parlé que par une minorité. Mais aujourd'hui (et malgré de récents soubresauts), c'est une région qui réussit plutôt : championne en éducation, chantre de la celtitude (ce qui la désenclave culturellement pour la rendre membre d'une communauté « celte » européenne s'étendant aux iles britanniques)... Son autonomie ne peut qu'augmenter tendanciellement, tant elle était et reste faible. Sa langue, presque morte, ne peut « que » renaitre (même si j'en doute en réalité, étant donné qu'il est presque impossible de revenir sur des changements linguistiques de ce type, mais c'est pour illustrer l'attitude générale). Elle peut s'imaginer que le destin de la France la concerne peu, particulièrement en période de difficultés.

Lorsqu'on est à terre, on ne peut que se relever. Se faire connaitre du monde.

Cela empêche-t-il un sentiment d'appartenance à un État-nation? Pas nécessairement. Pensons à l'Alsace, aux tendance particularistes clairs, et pourtant attachée à la France, et même le Québec n'a su se donner l'indépendance, à deux reprises. La Bavière se veut très autonome et ne cherche pas à s'extraire de la République fédérale. De plus, alors qu'on entend souvent dans les médias français qu'il y aurait un lien de causalité entre le niveau d'autonomie et les revendications indépendantistes (les premières étant à la source des secondes), il est bien plus probable que le lien soit inverse. On accommode des régions précisément parce que l'identité locale y est forte, c'est le moteur du désir d'autonomie. D'ailleurs, pourquoi ce sentiment serait-il nécessairement illégitime? Rien de tel qu'une union politique non consentie pour alimenter les ressentiments entre groupes.

Bien des régions particularistes et autonomistes semblent être, bien plus qu'en quête de fermeture, à la recherche d'une ouverture sur le monde à l'extérieur de leurs frontières nationales et d'une reconnaissance de leur personnalité propre. En Europe, cela se reflète entre autres par la profonde europhilie de ces régions, qui vient dans l'UE un tremplin vers une certaine émancipation, transcendant les frontières nationales. La conjonction régionalisme/fédéralisme européen, souvent incomprise hors de ces régions, est une position d'une certaine cohérence.

Est-ce à dire qu'il y a incompatibilité entre ces régions et les États auxquels elles appartienent? Je ne le pense pas. Mais le besoin d'autonomie et d'expression de soi reste légitime, et peut bien heureusement trouver de nombreux exutoires, qu'ils soient politiques, culturels, économiques ou autres. D'ailleurs, la sécession semble être une issue rare. Elle ne s'est d'ailleurs pas produite depuis des décennies en Europe de l'Ouest démocratique (l'indépendance de l'Irlande date de près d'un siècle). L'exemple le plus récent, le référendum en Écosse, organisé dans un cadre « idéal » (règles acceptées tant par Londres qu'Édimbourg), nous l'a rappelé récemment.

jeudi 5 décembre 2013

Conseil de l'Europe

À l'heure ou l'Union européenne a toutes les peines du monde trouver un équilibre économique à la fois stable et acceptable pour tous ses membres, notamment ceux de la zone euro, et semble repartie pour une autre fuite en avant dans la réforme institutionnelle, il serait peut-être bon de se rappeler que l'UE n'est pas la seule organisation européenne qui existe.

Le Conseil de l'Europe (complètement distinct du Conseil européen, institution de l'UE) existe depuis 1949, regroupe presque toute l'Europe au sens large (47 membres, dont la Russie, la Turquie et les pays du Caucase) et offre un cadre à la fois souple et large de coopération.

Difficultés de l'UE et coopérations renforcées

On met souvent en tension les aspirations - potentiellement - fédérales de l'UE avec la réalité des dissensions entre États membres, interdisant d'avancer de concert, orientant plutôt la construction de l'Europe politique (si tant est qu'elle puisse vraiment exister, ce qui reste à prouver) vers un système à plusieurs vitesses (en cercles concentriques), voire "à la carte" (par coopérations renforcées - c'est le terme officiel - entre États volontaires).

La possibilité de former des coopérations renforcées est entrée dans le droit européen avec le Traité d'Amsterdam en 1997, mais malgré certaines simplifications effectuées par la suite, le mécanisme, lourd, reste très difficile d'utilisation en raison des nombreuses contraintes qui pèsent sur lui, entre autres l'autorisation de la Commission, qui ensuite envoie la demande si elle est acceptée au Conseil, etc.

De nombreux eurosceptiques réticents au fédéralisme européen ne cachent pas leur préférence pour une Europe « à la carte », de coopérations volontaires, dans un esprit « confédéral », et dans sa variante « gaullienne », « de l'Atlantique à l'Oural ». Lorsqu'on entend ce genre de descriptions, je ne peux m'empêcher de penser qu'à côté de l'UE « communautaire » (faute de terme approprié pour la qualifier), cette grande Europe confédérale semble déjà exister, même si elle reste à l'arrière-plan : le Conseil de l'Europe.

Une grande Europe à la carte existe déjà !

Pour les projets et politiques qui ne décolleraient pas dans le système de l'UE voire même - peu probable, mais quand même - en cas de fin de l'UE pour causes de dissensions trop fortes, il peut être utile de se rappeler qu'une « première Europe » existe depuis plus de 60 ans, à la fois très grande (puisqu'elle inclut l'Europe au sens large, de l'Islande jusqu'au Caucase, Turquie et Russie incluses) et très souple (puisque nombre des conventions signées sous son égide ne concernent que les États-membres volontaires).

Du Conseil de l'Europe connait bien sûr la Convention européenne des droits de l'homme et le processus de Bologne d'unification des systèmes universitaires du continent, mais on est moins au courant des très nombreuses Conventions plus ou moins techniques qui existent aussi.
Toutefois, si on lit le Statut du Conseil de l'Europe, son traité fondateur, les États membres peuvent utiliser ses institutions pour toute activité de coopération jugée appropriée ou presque :

Article 1er, alinéa b :
Ce but sera poursuivi au moyen des organes du Conseil, par l'examen des questions d'intérêt commun, par la conclusion d'accords et par l'adoption d'une action commune dans les domaines économique, social, culturel, scientifique, juridique et administratif, ainsi que par la sauvegarde et le développement des droits de l'homme et des libertés fondamentales. 


Donc, à part la défense, explicitement exclue par l'alinéa d qui suit, ça ratisse large, et de nombreux domaines peuvent tomber sous sa compétence théorique.

Les États membres peuvent, de plus, s'associer en plus petits groupes pour mettre en place des politiques ou agences particulières liées aux objectifs du Conseil. Dans son langage institutionnel et légal, on nomme ceux-ci « Accords partiels ».

Dans la Résolution statutaire (93) 28 sur les accords partiels et élargis, il est stipulé :


Le Comité des Ministres peut, à la majorité stipulée à l'article 20.d [majorité des deux tiers des voix exprimées, soumise à certaines restrictions] du Statut du Conseil de l'Europe:

- autoriser certains États membres à entreprendre une activité ou une série d'activités dans le cadre de l'Organisation, l'activité ou la série d'activités en question n'étant alors adoptée que par les Représentants qui auront voté en sa faveur, son application étant limitée en conséquence;
Donc, il suffit ici de l'autorisation des autres États membres, à travers le Conseil des Ministres, pour pouvoir enclencher le processus.

Mais pourquoi ne pas faire de coopérations hors-traités, sans avoir besoin des autres États membres ? N'y aurait-il pas là moyen d'aller encore plus vite ?

Du bienfondé des coopérations renforcées

Globalement, il me semble que l'intérêt des coopérations renforcées (ou autres accords partiels, etc.) est de créer un « point de convergence » commun sur un sujet donné qui empêche que des blocs distincts d'États se forment sur des questions identiques, ce qui minerait la cohérence interne de la zone ou de l'organisation. Un noyau unique sur le domaine couvert est donc créer, et  les États désirant participer à une politique commune dans ce domaine à l'avenir n'auront pas d'autre choix que de rejoindre ce groupe préexistant.

Ceci est possible car la création d'une nouvelle coopération est soumise à l'approbation (selon différentes règles) de l'organisation dans son ensemble, même si tous ses membres n'y participent pa.

Mais n'y aurait-il pas moyen de s'affranchir et de recréer une nouvelle politique commune hors-traité (qu'il s'agisse de l'UE ou du Conseil de l'Europe) ? Ou de refuser la constitution de coopérations menées par d'autres ? C'est certain, mais il y a de bonnes raisons de ne pas le faire, la raison principale étant qu'un tel comportement tend à saper la légitimité et l'influence de l'organisation, et donc l'influence même de ces membres « bloqueurs ».

Il y a bien sûr aussi des arguments techniques, comme la possibilité d'utiliser les une partie des ressources institutionnelles de l'organisation (c'est ce qui se fait au Conseil de l'Europe, où le secrétariat sert aussi pour les accords partiels ou élargis - Résolution statutaire 93(28), titre IV), ce qui permet sans  doute de réduire les couts de fonctionnement de l'ensemble.

Du bienfondé de la géométrie variable

Pourquoi la géométrie variable plutôt que le fédéralisme supranational, comme on tente de l'appliquer de plus en plus dans l'UE ? Car c'est la seule méthode qui permette d'avancer et de créer une dynamique européenne sans mettre en péril la démocratie et la souveraineté des membres.

La démocratie est en effet le consentement de la règle de la majorité par une ou des majorités. Un tel consentement n'est pas peu, et il se trouve qu'encore, à l'heure actuelle, l'État-nation demeure le cadre le plus large au sein duquel ce consentement existe (à quelques exceptions près). C'est l'une des raisons qui rendent le fonctionnement politique des États multinationaux si chaotiques et difficile. Les oppositions politiques, transcendés dans les cas « normaux » par l'identité nationale, se muent rapidement en oppositions de groupes nationaux/culturels à l'intérieur de l'État (en raison de luttes d'influence, ou de consensus sociaux différents à l'intérieur des différents groupes). Et comme les rapports de force entre les groupes ne changent que très lentement, non seulement il y a opposition, mais en plus il n'y plus vraiment de politique. Que des batailles politiques entre nations. Par extension, ce raisonnement s'applique aussi à la solidarité financière entre les différentes régions et groupe de l'État.

L'Allemagne n'a eu aucun problème pour financer la reconstruction de ses « nouveaux » Länder, à l'est. Elle ne semble pas prête à assumer les transferts nécessaires au soutien de la périphérie de la zone euro. La souveraineté des États-nations semble être donc toujours d'actualité. L'existence et la pertinence même des nations sont constamment remises en cause, d'aucuns les déclarant dépassés. Et pourtant, les faits sont là. La zone euro, et à fortiori l'UE, ne forme manifestement pas une communauté de type « nationale ». D'ailleurs, qu'y a-t-il de mal à ça ?

La place de l'État-nation est certes relativisée par la place des acteurs privés (grands groupes, ONG), les nouvelles formes d'autonomie locale des régions et États fédérés, et par les organisations d'intégration régionale. Pourtant, rien n'indique qu'il ne cesse d'exister. Il a tout simplement une nouvelle place dans cette « écologie » d'acteurs et d'identités. Pourquoi ne disparait-il pas ? À mon avis, c'est parce qu'il demeure porteur, outre un certain nombre de traits partagés comme la langue, une partie de la culture, etc. de la spécificité suivante, citée plus haut : c'est le cadre (territorial) le plus large qui suppose l'acceptation de la règle de la majorité par la minorité, notamment sous deux aspects :

  • La politique, avec des perdants qui reconnaissent la légitimité des gagnants, de manière générale
  • La solidarité financière, avec des « riches » qui ne vivent pas les transferts nets qui leur sont imposés vers leurs concitoyens moins fortunés comme une spoliation

C'est donc un cadre collectif qui, sans être unique, et bien que coexistant (quelquefois de manière compétitive) avec d'autres cadres, a une vocation particulière du fait de cette spécificité.

Partant de là, mis à part certaines compétences déléguées à des institutions communes, comme le fonctionnement du marché intérieur de l'UE et les normes qui s'y appliquent, les politiques communes (particulièrement celles qui impliquent vraiment des décisions politiques et non seulement techniques) sont bien plus acceptables dans un cadre volontaire et à géométrie variable que dans un cadre fédératif.

Élargissement progressif

La quasi totalité des États européens, y compris postsoviétiques, sont déjà dans le Conseil de l'Europe, et la Turquie y est depuis ses débuts. Pourquoi ne pas mettre un peu plus de politique dans cette organisation ? Et faire passer une partie de ce qu'on appelle la « politique de voisinage » de l'UE par ce cadre ? Cela ne pourrait-il pas préfigurer la grande Europe de l'Atlantique à l'Oural (jusqu'à Vladivostok, en fait) du Général de Gaulle ? Cela donnerait peut-être l'impression à certains pays de se sentir plus égaux que lors de négociations bilatérales avec l'UE où ils sont inévitablement désignés comme le partenaire junior. Une telle politique permettrait peut-être de débloquer un peu l'impasse dans laquelle se trouve l'Ukraine par exemple, en associant la Russie au projet, ce qui pourrait diminuer le tiraillement géopolitique constant vécu par ce pays entre Russie et Occident depuis longtemps.

Il s'agit donc de faire du Conseil de l'Europe le cercle large de l'intégration européenne. On pourrait dire qu'il l'est déjà. Mais j'ai plutôt l'impression que ses activités sont perçues comme étant parallèles et n'ayant que peu à voir avec le but final et réel de nombreux pays, c'est-à-dire l'adhésion à l'UE.

Construire ce lien plus fort entre l'UE et le Conseil comme cercles intérieur et extérieur d'un même projet européen ouvrirait donc la porte à un élargissement plus progressif et plus rapide, ne serait-ce que sur un plan symbolique.

À quand donc un Conseil de l'Europe plus politique ?

vendredi 18 octobre 2013

Graphie réformée du français (2)

Suite du premier message à ce sujet, avec, en vrac, quelques proposicions (présentées, ici encore, dans cette même grafie réformée).

Transcripcion des lètres grèques

Autant j'aprécie l'étimologie, autant le français n'aurait pas grand-chose à perdre en transcrivant les lettres grèques d'une manière conforme au reste du sistème grafique de la langue, come c'êt le cas dans les autres langues romanes. On écrit donc ortografe, filosofie, fotografie, alfa, cronologie, ritme, rume, arquéologie (notons ici la transcripcion diférente de chi - c ou qu - selon le contexte, par cohérence avec la logique du français), etc. Le castillan, le portugais et le catalan traitent ces lettres de manière tout à fait analogue. L'italien et le roumain possèdent eus aussi un sistème conforme à leur logique interne. Les y ayant valeur de voyelle sont, naturellement, grafiés tout simplement i : fisique, clorofile.

Quid de l'étimologie ?

Ce point êt sensible, puisque de nombreuses persones sont atachées à la présence de rapels étimologiques dans la grafie du français. J'adore moi aussi l'étimologie, mais on ne peut pas fonder l'intégralité de notre sistème grafique sur des considéracions étimologiques (qui ne sauraient être que parcielles - il s'agit de mots français, et non grecs). La majorité des langues européennes sont passées par là (le français, l'anglais et l'alemand sont en fait les seules excepcions notables).

Conversion gérérale des x muets en s (après u et i)

La rétencion des x finaus dans la grafie moderne du français étant une erreur manifeste, tant du point de vue de l'histoire de la langue que de sa cohérence interne, la quasi totalité des x muets devra être tout simplement changée en s.

Rapel

Cette pratique existe pricipalement parcequ'un certain nombre de personnes utilisaient autrefois le caractère x pour abréger la séquence us, fréquente en français (entre autres pour des raisons d'évolucion fonétique, notament la vocalisacion des /l/ finaus, come dans journal). La réintégracion du u s'étant faite sans la suppression du x, on se retrouve avec des x se comportant come, des s, qui d'ailleurs réapparait dans de nombreus mots dérivés (p. ex. nombreux - nombreuse).

Cohérence dans les noms et les adjectifs

Tel que noté plus haut, le maintient du x pose des problèmes de cohérence. Par exemple : choix/choisir, nombreux/nombreuse, etc.
On écrira donc naturellement chois, nombreus, heureus, cheveus, mais aussi aus (qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler son cousin portugais aos).

Quant aus chous, genous, bijous et autres joujous, ils ont naturellement vocacion à former leur pluriel en -s.

Verbes

Rien ne justifie à mon sens les je peux, tu veux. Le x se comporte ici come un s dans les liaisons, et ce même s est la maque courante des première et deusième personnes du singulier dans la conjugaison des verbes du troisième groupe (prends, vois, etc.).
Donc, je peus, tu veus.

Nombres

On écrit deux et deuxième, six et sixième, dix et dixième. Tout comme on a déjà trois et troisième, il serait bien plus cohérent d'écrire : deus/deusième, sis/sisième, dis/disième.
Au passage, sète/sètième, uit (h non étimologique, come dans huile, d'ailleurs), et soissante (et donc soissante-dis). 
Je propose aussi la supression du g dans vingt (rajouté plus ou moins pour faire joli, mais bien sûr pas celle du t). Donc, vint/vintième. Même traitement pour doigt, qui devient doit (et tant pis pour l'homografie, on ne risque pas de confondre).

Possibilité rejetée : changements dans le traitement des nasales

L'idée êt d'utiliser ũ tilde come marqueur de nasalisaciõ (tel qu'ilustré dãs ce paragrafe). Cette métode, repelãt l'alfabet fonétique internacional, êt notamẽt utilisée ẽ portugais pour indiquer les nasales (biẽ qu'elles puissent aussi, come en frãçais, être notées par une voyelle suivie d'une nasale, dãs certaĩs cas).

Cette pratique s'êt déjà vue en français, il y a de cela plusieurs siècles, sans doute par économie de composicion tipografique. Mais la lecture de ce simple paragrafe a déjà dû faire aparaitre divers problèmes, dont les suivants :
  • Désacordement de multiples familles de mots, notament masculin/féminin : ũ/une, paysã/paysane. Ici on n'ajoute pas de e, on doit changer la terminaison au complet.
  • Adjonccion de nouveaus caractères accentués en français. Nous en avons déjà sufisament, et ces voyelles tildées changent assés significativement l'aspet de la langue écrite, et en afectent la lisibilité.
Pour ces raisons, et pour quelques autres problèmes posés par cette tecnique, cette solucion n'êt pas retenue. Faire suivre les voyelles nasales par une consone nasale êt tout à fait satisfesant dans le contexte du français. 

Le verbe être à la troisième persone du singulier

Dans la quasi totalité du français, les s devenus muets après des voyelles ont été soit retirés, soit remplacés par un accent circonflexe au-dessus de la voyelle précédente, y compris le verbe estre, devenu être, et sa conjugaison vous estes, aujourd'hui vous êtes. Seule la troisième persone du présent semble faire de la résistance... Vous l'aurez remarqué plus haut, cette réforme préconise l'adopcion de la forme êt pour cette conjugaison, l'accent marquant ici très comodement la diférence entre la conjonccion et et le verbe être, le t final devant bien sûr être maintenu en raison des liaisons.
À ceus qui trouveraient cette grafie trop proche de la conjonccion, rapelons-nous qu'en portugais par exemple, le verbe à la troisième persone êt grafié é et la conjonccion e, les deus mots ne diférant que par l'accent porté par le verbe.

Lexicalisacion complète de est-ce que, qu'est-ce que et qu'est-ce qui

Soyons fous ! Les particules interrogatives est-ce que, qu'est-ce que et qu'est-ce qui ne sont absolument plus analisables en fonccion de leur origine étimologique, et sont même répertoriées dans les diccionaires come des locucions invariables. Rien ne nous empêche donc de grafier de la façon suivante : esque, quesque, quesqui. Cette lexicalisacion êt déjà complète dans la langue parlée, même soutenue.
"- Esque cette réforme êt viable ? - Quesque ça peut bien te faire ?"

Une telle lexicalisacion n'êt pas inédite en français. Pensons notament au mot affaire, dérivé de la locucion à faire.

La question des terminaisons -tion et -tiel(le)

De nombreuses familles de mots alternent entre -ci- et -ti- (prononcés /si/), et cette dernière n'êt pas fonétique... Essence mais essentiel, différence mais différentiel, etc. En espagnol, les grafies -cíon (-ciones) et -cial (-ciales) sont utilisées, en portugais -ção (-ções) et -cial (-ciais). Les homologues français de ces grafies sont donc naturellement -cion et -ciel(le). Le t êt conservé dans les mots où il aparait et se prononce comme tel (democracia mais democratización en espagnol, donc démocracie et démocratisacion en français).

La question des consones doubles après e

Les consones doubles sont pour l'essenciel simplifiées. Un problème demeure toutefois : celui des e instables suivis de consones doubles, changeant la prononciacion à "è", et plus généralement le problème des e suivis de consones doubles, même en tant que voyelle stable. Pour l'instant, le plus simple êt à mon sens de conserver les convencions actuelles de formacion du féminin (bien qu'elles ne soient pas universelles), bien ancrées dans l'usage, et de conserver des mots comme terre, celle, nette (et non tère, cèle, nète), ce qui évite aussi une grande proliféracion d'accents graves...
Ce chois pose clairement certains problèmes de cohérence, et la question devra peutêtre (notons la soudure du mot peut-être, analogue au catalan potser) être étudiée plus tard.

Francisacion des emprunts

Les emprunts étrangers doivent globalement s'adapter à la fonétique française, mais aussi à son sistème grafique. Où sont donc nos lideurs qui jouent au foutebol ? L'espagnol et le portugais acceptent presque intégralement cette approche pour la transcripcion des termes d'origine étrangère (ex. líder).
Cette aproche se recnontre parciellement en français avec des mots comme fioul, globetrotteur (ce dernier déja accepté selon les rectificacions de 1990).

Le cas du sufixe -ing

Le cas du sufixe -ing êt intéressant, toutefois. On pourrait peutêtre le transcrire par -igne (parquigne, foutigne), mais ce ne serait pas pleinement satisfesant, ni fidèle à la prononciacion majoritaire, probablement. Le problème êt ici le statut du fonème /ŋ/ en français (existe-t-il vraiment ?) et sa réalisacion variable selon les locuteurs (/iŋg/ ? /iɲ/ ?).
Faute de mieus, gardons-le tel quel pour le moment...

Viabilité de la réforme

Quelles sont les chances de voir ce tipe de réforme ortografique adoptée ? Quasi nules à mon avis. Il êt certes tout à fait possible de réformer en profondeur le sistème grafique d'une langue, mais au sein de populacions complètement alfabétisées, et ce de longue date, le changement êt très difficile. On nous rapèlera pourtant les réussites des réformes néerlandaises et danoises du XXe siècle. Mais on ne peut pas non plus oublier les dificultés rencontrées par les rectificacions ortografiques du français de 1990, l'Accord ortografique portugais de 1990 et la réforme ortografique alemande de 1996, oficiellement en vigueur mais peu suivies (en bone voie quand même en alemand et en portugais).

Les deus éléments les plus importants

Il convient bien sûr d'être favorable aus rectificacions ortografiques de 1990. Mais si on devait aler plus loin, des diférents éléments cités au cours de ce texte, lesquels choisir ? J'en séleccionerais deus : la conversion des lètres grèques et l'abandon des x finaus au profit de s. Le reste peut, selon moi, rester tel quel, ou être rafistolé graduellement par des rustines du tipe rectificacions de 1990. On s'acomodera bien du reste.

vendredi 7 juin 2013

Épicurisme

L'une des philosophies qui a le plus alimenté ma réflexion ces dernières années est sans aucun doute l'épicurisme, école de philosophie antique fondée par le philosophe Épicure, à Athènes.
Épicure est né à Samos, ile dans la mer Égée vers 341 avant J.-C., avant de s'installer à Athènes. Son école de philosophie, née en Grèce antique aux alentours de l'an 306 avant J.-C., est une philosophie matérialiste (au sens philosophique du terme) inspirée de l'atomisme du philosophe Démocrite. Épicure a, au cours de sa carrière, énormément écrit. Il pratiquait et diffusait sa philosophie à partir d'un domaine qu'il possédait en-dehors d'Athènes, le Jardin.

Un prisme matérialiste et hédoniste sur l'existence

Épicure pensait que le monde (humains compris) était composé d'atomes, éléments insécables (a-tome) de matière et rejetait la croyance généralement admise des quatre éléments. Bien que n'ayant pas pu "découvrir" les atomes au sens scientifique moderne du terme, les atomistes grecs ont tout de même fait preuve d'une intuition géniale dans leur réflexion sur le monde matériel, menant à une vision du monde matériel qui n'est pas tout à fait étrangère à celle que nous avons développée au cours des derniers siècles.

Découlant du principe que l'être humain, et son âme, sont matériels et se dissolvent donc au moment de la mort, et que les dieux n'interviennent pas dans l'existence humaine, il conclut que la seule valeur humaine ultimement tangible est celle du plaisir. Il s'agit donc d'une doctrine hédoniste, à proprement parler. C'est donc sur l'humain et sur les valeurs humaines que se fonde cette philosophie.

Les Épicuriens ne prônaient toutefois pas un hédonisme débridé, mais un plaisir modéré, presque ascétique, défini plus par l'absence de douleur (aponia) et d'angoisse (ataraxie), fondée sur une vie simple au sein d'une communauté humaine chaleureuse. L'amitié est en effet vue comme une condition du bonheur, tant il est vrai que les humains sont des animaux sociaux qui apirent à l'affection et à la reconnaissance de leurs congénères.

L'individu épicurien était mené dans cette vie vers l'ataraxie, soit la paix de l'esprit et l'absence de soucis, ses besoins essentiels étant satisfaits.

Le traitement de la mort

L'attitude épicurienne face à la mort est probablement l'une de ses plus grandes forces. Dans sa lettre à Ménécée (l'un des quelques textes d'Épicure parvenus jusqu'à nous), Épicure écrit : "la mort n'est rien pour nous, tant que nous sommes, la mort n'est pas, et lorsqu'elle est là, c'est nous qui ne somme plus". C'est l'une des leçons les plus dures mais aussi les plus fondamentales de l'existence selon moi, en tout cas pour l'individu qui ne peut pas croire en une vie après la mort. C'est une maxime à garder en tête, qui permet de relativiser et mettre à distance les difficultés rencontrées dans la vie, ainsi que la peur de la mort. En effet, au pire, on meurt, et la mort n'est "rien" (la sienne propre est imperceptible en tout cas - pas celle des autres).­.. Elle évite aussi de se prendre trop au sérieux. Nous ne somme qu'humains, après tout, et partageons le même destin, même si le chemin pris est différent pour chacun.

On voit aussi le lien avec l'hédonisme, puisqu'en l'absence de rétribution donnant un sens absolu aux actions humaines, il ne reste plus grand chose pour guider l'action humaine, autre que l'humain lui-même.

Une épistémologie empiriste

C'est par les sens que les connaissances sur le monde sont acquises dans la pensée épicurienne, préfigurant l'empirisme florissant dans la pensée occidentale à partir du XVIIIe siècle. Les connaissances découlent de la perception du monde extérieures, et non d'idées a priori.

Et les dieux dans tout ça ?

Épicure n'était pas athée à proprement parler, ou du moins ne prétendait pas l'être. Les dieux étaient des êtres matériels bienheureux qui, en raison de leur état de béatitude, n'avaient aucune envie ou besoin d'interférer dans les affaires humaines (et donc de leur infliger un quelconque châtiment en raison de telle ou telle action). Ils se contentaient d'exister. Épicure les utilise comme modèles idéaux d'êtres humains "ataraxiques". La personne heureuse vit "comme un dieu".

Une exception sociale

Au plan sociologique, en Grèce et dans l'Empire romain, l'épicurisme se distinguait des autres écoles de philosophie par son acceptation des femmes et des esclaves. Tous ne sont ni plus ni moins que des êtres matériels, après tout. C'est donc un ancêtre de notre humanisme moderne.

Tetrapharmakos

La philosophie épicurienne se trouve résume dans ce qu'on appelle le tetrapharmakos, le "quadruple remède" :
  • Ne pas craindre les dieux
  • Ne pas craindre la mort
  • Le bonheur s'obtient facilement
  • La souffrance est facile à supporter
Une limite dans le rapport au collectif au sens plus large et au sens ?

L'épicurisme pense essentiellement l'éthique à travers l'individu, ses plaisirs et ses douleurs. Il reconnait l'importance du lien à autrui par sa valorisation de l'amitié, mais, dans sa forme "orthodoxe" (celle d'Épicure, a priori), recommande de s'abstenir de participer à la vie politique et publique, de ne pas rechercher les honneurs, bonheurs superficiels.

Force est de constater que ce qui motive les individus dans la vie réelle n'est pas seulement la recherche du plaisir et l'évitement de la douleurs, certaines personnes s'imposant des souffrances significatives dans le but d'atteindre leurs objectifs. Elle fait l'impasse sur les questions de sens, souvent liées justement à la participation de l'individu dans un contexte social large.

C'est pour cette raison que je classerais l'épicurisme dans la catégorie des philosophies à usage ou à visée "personnelle". Disons qu'elle contient le genre de raisonnement propre à pacifier l'esprit d'un individu face à certains faits de l'existence, mais pas de faire faire fonctionner une société entière (même si elle peut y contribuer) ou à motiver positivement ledit individu. L'épicurisme fonctionne sur un mode "négatif", il ne s'agit pas tant d'agir ou de se développer que d'amenuiser la peur. Ce qui est un début, mais n'est pas tout.

Une postérité importante

De nombreux philosophes grecs et romains se sont réclamés de la philosophie d'Épicure après sa mort. On peut penser au poète romain Lucrèce, auteur d'un des plus grands textes épicuriens (De rerum natura, De la nature des choses), à Philodème de Gadara, dont une partie des œuvres s'est retrouvée ensevelie à Herculanum, après l'éruption du Vésuve ou à Diogène d'Œnanda, qui fit graver les principes de la pensée épicurienne sur un grand mur (de nombreux fragments ont été retrouvés).
De nombreux philosophes ont aussi été influencés par cette pensée à partir de la Renaissance (par exemple Michel de Montaigne et David Hume, philosophe empiriste écossais du XVIIIe siècle).  

Conclusion provisoire

L'épicurisme est donc une tradition occidentale à portée philosophique et thérapeutique à redécouvrir, système de pensée certes ancien, mais "laïque", évacuant l'immatériel (dans les limites des connaissances et intuitions du moment) de son champ de réflexion éthique, et donc assez compatible dans son principe avec la vision scientifique contemporaine du monde.

mardi 16 avril 2013

Francophonie

Au moment où un certain pessimisme et un certain manque de confiance affectent tant la France que le Québec, pôles respectifs de la Francophonie européenne et américaine respectivement (pour des raisons différentes, d'ailleurs), il est temps de faire un retour sur les langues, à commencer par la nôtre point fondamental, porteur à la fois de communication et d'identité. L'autodénigrement n'est souvent pas loin et n'épargne pas la langue.

Rappelons que non contents d'être l'une des cultures fondatrices de l'Occident moderne, le français est la langue officielle de dizaines d'États, utilisé régulièrement par quelque 220 millions de personnes comme langue première et seconde (chiffres de l'organisation internationale de la francophonie de 2010 : http://www.francophonie.org/IMG/pdf/Synthese-Langue-Francaise-2010.pdf). 
Ce chiffre ne tient pas comptes de millions de personnes ayant appris le français et capables de s'exprimer dans cette langue à divers degrés.

Le français est une langue active sur Internet. La version française de Wikipédia est la troisième par le nombre d'articles (après les versions anglaise et allemande), dépassant par exemple les versions espagnole et portugaise, dont les territoires où l'accès Internet est (pour l'instant) moins répandu. Notons aussi que la version néerlandaise est en quatrième position, comme quoi la masse démographique (environ 21 millions de locuteurs) ne fait pas tout, non plus.

Le français est, de plus, une langue véhiculaire en expansion en Afrique de l'Ouest et centrale (elle n'est d'ailleurs pas la seule, l'anglais et le swahili disposant eux aussi de vastes territoires) et semble destinée à perdurer encore longtemps dans la région.

En Europe, la santé démographique de la France permet d'envisager de belles perspectives au français, surtout si elle se double d'une remontée de pente économique (nous aurons l'occasion d'y revenir). Le taux de fertilité, légèrement supérieur à 2 enfants par femme en moyenne, est très satisfaisant, les conditions étant réunies pour une progression lente de la population au cours des prochaines décennies. Ces conditions sont d'ailleurs peu ou prou partagées par la frange nord-ouest de l'Europe, de l'Irlande à la Suède, en passant par le Royaume-Uni et le Danemark, contrastant avec le Sud et l'Est (Allemagne incluse), dont les taux de fertilité sont très au-dessous du niveau de 2,1 requis pour un renouvèlement des générations (1,3 à 1,5). Nous y reviendrons d'ailleurs un autre jour.

Tout ça pour dire, la lucidité sur notre situation ne doit pas nous amener à nous apitoyer, mais à nous faire prendre conscience de notre potentiel.

Francophonie au Québec
Le Québec constitue le seul peuple francophone d'Amérique et son socle démographique. Nous n'ignorons pas ici les autres francophones d'Amérique, mais ils ne peuvent prétendre à la même centralité. Le Québec est la seule société nord-américaine (au sens É.-U. et Canada), où l'anglais n'est pas la langue commune. C'est par là-même une société unique et un miracle historique et démographique en rétrospective, qui se distingue aussi du reste du continent par de nombreux autres tropismes, notamment politiques.

Mais c'est le fait français qui est fondateur et définit le Québec par rapport au reste. C'est aussi l'une de ses richesses essentielles. Loin d'un certain discours fallacieux qui prétend que le Québec n'est pas assez bilingue (entendre "anglophone" - ceci alors que le Québec est l'une des sociétés les plus bilingues d'Amérique) ou que le Québec est renfermé sur lui-même du fait de sa différence linguistique, le français est une porte vers tout un autre monde vers lequel le reste du continent n'a pas accès, le monde francophone.

Celui-ci contient bien sûr la France, la Belgique francophone et la Suisse romande, mais aussi nombre de peuples ayant le français en partage à un niveau ou à un autre. Le nombre de Maghrébins, de Libanais, d'Africains francophones ou de Roumains (tous "francotropes" à différents niveaux) installés au Québec en témoigne. Les liens économiques avec la francophonie mondiale sont importants : la France est un investisseur important au Québec (le second après les États-Unis, il semblerait) et est une terre de prédilection pour les créateurs québécois souhaitant s'exporter à l'étranger. Un avantage dont ne disposent pas nombre de régions ­« différentes » de par le monde. Et ne parlons pas du tourisme que rapporte la francophonie. On vend un produit spécifique et différencié, pas la même chose que partout ailleurs !
Il est donc non seulement agréable pour le Québec d'être lui-même, mais c'est utile en plus !

Les Québécois connaissent Tintin et Astérix, voient au cinéma les plus grands succès du cinéma français (pas tous, mais c'est infiniment plus que zéro). Tout cela ne les empêchant pas de connaitre et de naviguer sans problème dans la culture anglo-américaine (elle aussi après tout l'une des plus importantes au monde).

La francophonie du Québec, loin d'être un handicap, est un plus qui n'enlève rien, les Québécois étant très au fait de la culture nord-américaine dans laquelle baigne le continent tout entier, qu'elle soit populaire ou professionnelle, mais permettant de créer d'autres liens. Les Québécois parlent suffisamment anglais pour communiquer et commercer avec le reste du continent. La francitude québécoise est un pont jeté vers l'extérieur, qui fait probablement du Québec l'une des sociétés les plus "liées" (à d'autres pays et cultures au monde). Le Canada et les États-Unis sont deux pays très ouverts au commerce et aux individus, mais du point de vue culturel, l'Amérique anglophone est un lieu assez insulaire, où l'on consomme surtout des produits culturels américains, et où peu de gens parlent une autre langue (prime aux Canadiens pour leur connaissance non négligeable du français tout de même) en dehors des communautés d'immigration relativement récentes, essentiellement. C'est assez typique des grands peuples culturellement puissants, et dans bien des cas, les minorités au sein de ces ensembles, loin d'être plus fermées sont en fait plus ouvertes grâce à leur culture propre.

C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on doit continuer à mettre l'accent sur le français au Québec, du point de vue de la langue publique, de travail et d'identité. Les déséquilibres et les pressions sont grandes et il faut donc ce petit plus de volonté qui permet de continuer à vivre en français en Amérique. Cette volonté est, du point de vue légale, incarnée par la Charte de la langue française, ou Loi 101 (de 1977), faisant notamment de la langue française la langue officielle du Québec et scolarisant les nouveaux arrivants dans le réseau francophone, s'assurant donc de leur donner une connaissance adéquate du français, ce qui n'arrivait que rarement, et au profit de l'anglais, avant cette époque.
Elle a permis le maintien minimum du français à Montréal. Loin de fermer des portes à ces immigrants, elle a permis à nombre d'entre eux d'être trilingues, parlant français, anglais et  la langue de leurs parents.  La Charte, grand texte fondateur du Québec moderne et l'une des premières mesures importantes prises par le Parti québécois après son arrivée au pouvoir, aura aussi paradoxalement préservé l'unité du Canada en redonnant à la francophonie québécoise une certaine sécurité.

vendredi 21 décembre 2012

Inégalités linguistiques

L'aménagement linguistique de toute organisation humaine est loin d'être une simple affaire de "pragmatisme de communication". C'est une affaire de rapports de domination. Celui qui peut parler sa langue maternelle sera toujours en position favorable face à ceux pour qui elle n'est qu'une langue seconde.

Les États européens devraient promouvoir leurs langues de manière beaucoup plus active, à commencer par chez eux. C'est particulièrement vrai aux pays qui parlent des langues qui peuvent prétendre à un statut international (français, espagnol, portugais), mais c'est vrai des langues de toute taille. Je crois d'ailleurs que la pratique assurée de sa propre langue est un facteur primordial de confiance collective. 
Le tout-à-l'anglais est un facteur de dévalorisation de des peuples et des individus non anglophones, qui se voient sans raison valable périphériser ou provincialiser, linguistiquement, mais aussi de façon plus large culturellement. L'exemple parfait est la gestion macroéconomique des 20-30 dernières années, fondée essentiellement sur les dogmes économiques propagés par des revues anglophones (ex. The Economist). 
Il n'en tient pourtant qu'à nous de penser par nous-mêmes.

Qu'on songe aussi à ces études démontrant, dans une entreprise allemande, que les ingénieurs allemands ne s'exprimant pas dans leur langue (devinez laquelle) osaient moins fréquemment faire part de leurs idées en réunion du simple fait de la barrière linguistique. À trop pousser l'usage de l'anglais dans ces entreprises, on fait porter la sélection moins sur la compétence professionnelle et plus sur la compétence linguistique - natale - ce qui peut tendre à renforcer la sélection de personnes unilingues relativement moins compétentes face à d'autres plus compétentes et - modérément - bilingues... Une prime au moins-disant ! Le monde à l'envers !

En matière de langues, nous devrions d'un côté, promouvoir nos propres atouts (la francophonie, mais aussi les ensembles linguistiques "amis" comme l'hispanophonie ou la lusophonie) et non seulement ceux des autres (ex. cursus en anglais dans les universités), a fortiori ceux qui de plus tendent à s'opposer aux nôtres. Faut-il s'étonner de connaître des difficultés lorsqu'on n'essaie même pas de réussir ? L'autre piste, c'est de diversifier grandement l'exposition aux langues étrangères. Pourquoi pas alors des cursus en espagnol ? En chinois ?

Le tout-à-l'anglais mène à une vision étroite du monde. On n'est pas "international" par le seul fait d'être anglophone. Au contraire, les pays anglophones étant ouverts aux individus, mais peu ouverts aux autres langues et aux produits culturels qui leur sont liés. C'est le multilinguisme (pas nécessairement dans la même personne, mais socialement parmi une certaine élite) qui permet une vision équilibrée, ouverte, diversifiée et respectueuse des autres et de soi-même...

Dans le cas du français, l'une des pistes est la solidarité avec les autres pays de langue romane. Il faut encourager leur apprentissage, rapide au demeurant et s'assurer que dans la mesure du possible, toute interaction économique, politique ou académique un tant soit peu officielle se fasse prioritairement dans une langue romane au moins.  Pour être une langue de communication internationale, il faut en favoriser la pratique à ce niveau...

Les rapports de force, qu'ils soient économiques, politiques, linguistiques ou culturels (ou tout à la fois) ne sont pas toujours aisément modifiables. Mais une chose est sure : ce n'est pas en organisant son propre déclassement et en se dévalorisant qu'une collectivité humaine se construit un avenir prospère. Et dans un monde où de nombreux pays ou région tente de tirer son épingle du jeu, il faut bien sûr coopérer mais aussi défendre ses intérêts sans défaillir. Ceux qui ne l'auront pas fait ne pourront pas ensuite s'étonner de leur insuccès.

mardi 13 novembre 2012

Nation

L'espèce humaine étant une espèce sociale, chaque être humain, tout en disposant d'une identité individuelle, s'insère aussi dans un groupe, une collectivité d'humains, voire plusieurs selon la définition, avec laquelle il entretient des rapports plus ou moins étroits. 

A niveau collectif, famille, ville, associations, intérêts, langue, perspective philosophique ou religieuse servent de repères identitaires. Mais l'un de repères majeurs qui a émergé au cours des derniers siècles (et même avant dans certaines contrées) est sans conteste la nation. La nation est le fondement du corps politique moderne, et est très souvent concomitante à la démocratie. Nous verrons que nous pourrions la définir comme un fondement et même à partir de sa viabilité démocratique, à partir d'une définition fonctionnelle de la nation. Honnêtement, cette définition n'a rien de révolutionnaire, et une recherche que je viens de faire à l'instant montre que le terme déjà, mais je ne suis pas sûr qu'il fasse référence à la même chose (lorsqu'on le cherche on trouve des références au sociologue tchéco-germano-américain Karl Deutsch).

Définition fonctionnelle de la nation
Rentrons donc dans le vif du sujet : à quelques exceptions près, les démocraties correspondent à des nations ou au moins à des États contenant ce qu'on pourrait appeler une majorité nationale. À l'inverse, les États multinationaux semblent instables et prompts à l'éclatement, tiraillés par des tensions internes. L'exemple le plus typique en est peut-être l'Union soviétique dont la démocratisation et l'éclatement en ses diverses composantes nationales se sont effectuées d'un seul et même mouvement.
Les atermoiements actuels de l'Union européenne, et de la zone euro en particulier, ont aussi grandement à voir avec les différences nationales. Le Canada lui-même, pays prospère et globalement fonctionnel, demeure tiraillé par les tropismes distincts de ce qu'on peut appeler ses nations fondatrices.

L'idée de base de la démocratie électorale actuelle est que c'est la majorité qui décide. Cela implique qu'à chaque scrutin, une minorité accepte. Cela implique aussi, dans les décisions gouvernementales, et particulièrement du point de vue fiscal, que des transferts de richesses soient possibles entre certains membres d'une nation.
La nation est donc un groupe au sein de laquelle la minorité accepte la légitimité des décisions majoritaires.


Quelle nation ?
La nation moderne est, idéalement, même si ce n'est pas encore le cas partout, civique et non ethnique. Ses membres, ou citoyens, sont porteurs d'un lien national indépendant de leurs origines personnelles, ethniques, de leurs convictions philosophiques ou religieuses (là encore, pas partout). Elle a la capacité d'accueillir de nouveaux membres par la naturalisation et, idéalement favorise plutôt le droit du sol.
C'est un lien culturel, fondamentalement, et non pas ethnique. Certains diraient un lien mimétique plus que génétique.
Elle ne s'oppose de plus pas à sa propre diversité interne. Le jacobinisme français est une variante, certes ayant valeur d'exemple historique, mais est loin d'être le seul. En principe, il n'existe pas d'opposition absolue entre appartenance nationale et identité régionale forte.

La nation permet l'affrontement politique plutôt qu'identitaire
Une nation est un ensemble au sein duquel les conflits sont politiques plutôt qu'identitaire. Loin des images de rejet et de séparation et autres tares que voudraient lui faire congénitalement porter certains, la nation démocratique est une organisation permettant de faire coexister des individus et/ou des groupes différents. D'ailleurs, on peut dire que le lien national est l'un des liens nécessaires et minimaux, dans bien des cas, à l'époque moderne, permettant de faire cohabiter des gens différents.

Les élections font ressortir de nombreux blocs régionaux dans de nombreux pays. C'est particulièrement vrai en France, ou le Bassin parisien s'oppose à la périphérie de la France (Bretagne et Ouest intérieur, Alsace, Occitanie) depuis des siècles, de la Révolution jusqu'au référendum de 2005. Ces oppositions, malgré certaines tensions locales, se vivent comme des tensions essentiellement politiques plutôt qu'identitaires.

La limite n'est quelquefois pas très bien définie. Par exemple, au Canada, de nombreuses politiques du gouvernement fédéral sont contestées par le Québec, y compris sa Constitution dans sa dernière mouture, mais la fédération continue néanmoins à fonctionner, avec ses hauts et ses bas, au gré des gouvernements se succédant. Il ne fait toutefois aucun doute que le fondement de ces tensions est la réalité nationale canadienne et québécoise, et une difficulté de certains au Québec d'accepter la légitimité de certaines décisions fédérales, voire sa légitimité tout court, et non pas de simples différences de sensibilité politiques.

Fédération européenne ?
C'est toute la différence entre la nation et une hypothétique fédération européenne que d'aucuns nous proposent, au sein de laquelle des oppositions politiques coïncideraient plus souvent qu'à leur tour avec les identités nationales, provoquant des chocs politiques et économiques intenses, comme ceux que nous voyons à l’œuvre au sein de la zone euro, ou certaines nations, dominées du système, comme la Grèce, voient leur niveau de ressentiment à l'égard de leurs partenaires monter, notamment l'Allemagne. Les Allemands rechignent, eux, à payer pour les autres. Allemands de l'Ouest n'ont pourtant pas eu trop de mal à dépenser des milliards de marks pour la reconversion économique de l'Est. Solidarité nationale oblige.

On peut toujours pleurnicher en criant "mais euh, les égoïsmes nationaux, tout ça", mais qu'est-ce que ça change ? Les identités nationales (et autres) sont de lents produits de l'Histoire, on ne les décide pas en quelques années à coups de traités...

Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'association entre nations. Des tas de choses marchent bien dans l'Union européenne : marché unique (à revoir pas endroits), espace Schengen, liberté d'établissement pour les citoyens des pays concernés, coopérations industrielles (ou ce qu'il en reste). Mais il s'agit de confédéralisme plutôt que de fédéralisme.

L'un des seuls contre-exemples auxquels on peut penser est l'Inde (elle-même d'ailleurs traversée par de très nombreux courants identitaires - à commencer par le Mouvement dravidien, au Sud). C'est un cas sur lequel il faudra se pencher un jour. La Suisse est souvent citée, il faudra aussi y revenir.

La nation cause-t-elle la guerre ?
François Mitterrand a un jour déclaré, dans les années 1980, au Parlement européen, que "le nationalisme, c'est la guerre", avec corollaire implicite que seule l'Europe supranationale pouvait nous en sauver. Cela semble résulter d'une malencontreuse confusion entre nation et nationalisme, la première étant une collectivité d'individus, la seconde une idéologie. D'ailleurs, les nations démocratiques ne se font pas la guerre, mais coopèrent à divers degrés. De nombreux conflits impliquent des identités nationales, mais ne sont pas portés par des entités irréprochablement démocratiques. D'autres naissent du fait de la négation de réalités nationales. On analyse par exemple souvent la dislocation de l'Union soviétique, outre la décrépitude du régime, par le réveil des nations la composant.

La nation fermée ?
Il existe des nations fermées, mais on ne voit absolument pas pourquoi le fait de constituer une entité autonome du point de vue politique (et très souvent, culturelle, linguistique et économique à divers degrés) impliquerait nécessairement une fermeture. Les nations commercent. En Europe, les gens circulent librement dans un espace d'États-nations s'accordant mutuellement de nombreux privilèges et ayant renoncé aux contrôles aux frontières entre eux.
Immigration
Pour les pays qui ont l'habitude d'accueillir des gens de l'extérieur, la nation est la condition sine qua non de l'intégration. C'est un point crucial et pourtant très souvent oublié. En France, les "débats" sur l'identité nationale, guidés par l'ancien gouvernement, qu'il semblait opposer implicitement à l'immigration, n'en ressortent que plus faux après une réflexion sur ce sujet.

La nation est un lien partagé par des individus, voire des collectivités dans certaines d'entre elles. Elle est un point de convergence. Elle est ce qui fait qu'un individu peut se considérer comme français ou québécois ou canadien (laissons de côté la petite complexité des deux dernières) et non comme blanc, noir, bleu, de telle religion au autre d,abord. Bien sûr, on est aussi tout cela à la fois, mais sans lien national, dans la société, on serait juste cela. Une société qui met implicitement l'accent sur l'origine ethnique de ses membres comme facteur d'identification, même tolérante, est-elle véritablement progressiste ? C'est parce qu'ils ont pu être français que des millions d'immigrants en France ont pu être plus que bleus, verts ou autre. Même chose aux États-Unis, d'ailleurs. C'est un facteur rééquilibrant d'égalité la ou d'autres facteurs seraient source de différence et potentiellement d'inégalité.

C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles l'opposition établie par certains entre nation et capacité d'intégrer est toute fausse. L'intégration est promue par une identité forte. À mon avis, plus une nation croit en elle-même, plus elle accroit sa capacité d'attraction et d'intégration. Il est difficile de s'intégrer à une collectivité qui ne croit pas en elle-même ou s'autodénigre en permanence. La confiance attire.
En France, cas d'école en la matière, travaillée par les déclinologues depuis la fin des Trente Glorieuses (en fait, peut-être même depuis la fin de l'ère de Gaulle), on se plaint par exemple que le "modèle d'intégration" ne fonctionne plus, que c'est ce qui cause la fragilisation de l'identité nationale et autres maux...
Mais ne serait-ce pas plutôt l'inverse ? Ne serait-ce pas plutôt la crise de confiance en la nation qui cause des problèmes d'intégration (ça et le chômage, l'une des causes de la crise de confiance).

Confiance en soi : un bien pour la nation
On l'a vu plus haut, la confiance est un bien pour la nation. Elle permet d'intégrer les nouveaux venus et d'assimiler complètement leurs descendants.

Mais elle permet aussi les choix politiques. Si la politique est l'art du possible, la nation démocratique peut décider tout ce qui est possible. Elle n'est pas forcée d'être en mode pilotage automatique, sous la supervision d'instances internationales plus ou moins légitimes.

Les nations européennes mènent des politiques similaires depuis des années avec un sujet très mitigées. La zone euro, l'un des résultats de ces politiques, est poussée aux limites de sa cohésion.

Elle est aussi à mon avis un facteur de confiance pour les populations. En effet, dans des nations fortement laïcisées, la nation est l'une des seules structures assurant une certaine permanence de l’œuvre humaine. Bien sûr, au plan individuel, ce désir de permanence peut s'exprimer par la famille, l'art, le travail et tant d'autres choses, mais le reflux des religions organisées, positif sous de nombreux aspects, n'en laisse pas moins un vide métaphysique au niveau collectif. C'est d'ailleurs un point sur lequel nous reviendrons plus tard.

Voilà, j'ai déjà trop écrit... À suivre, donc !

samedi 3 novembre 2012

La pensée toddienne (1)

Je commence ici une série de quelques articles. J'ai l'intention de m'attaquer un peu plus tard à quelques séries sur l'identité et la nature des nations, la linguistique, l'architecture institutionnelle de l'Europe, et peut-être aussi un peu de spiritualité laïque pour agrémenter le tout. 

Ceci doit être le premier d'une série de messages exposant de manière succincte la pensée d'Emmanuel Todd. Emmanuel Todd, français, historien de formation (doctorat obtenu à l'Université de Cambridge), est aussi décrit comme anthropologue, démographe, politologue, prophète (!), et autres selon la quatrième de couverture de ses livres est connu de beaucoup en France pour ses coups de gueule, ses prises de position quelquefois à l'emporte-pièce (ou perçues comme telles) et souvent à contre-courant. Il s'est fait connaitre dans sa jeunesse après la publication de son premier livre La Chute finale, qui annonçait avant l'heure l'écroulement de l'Union soviétique. C'est parce que ces prises de position ne sont transparentes qu'à ceux qui connaissent son œuvre et ses livres. Difficile de résumer la pensée d'une carrière de chercheur en quelques entrevues !

Mais la pensée toddienne est en effet particulièrement riche à mon sens, et contribue de manière tout à fait singulière à la compréhension du monde moderne ! Les recherches et les livres d'Emmanuel Todd, se fondant essentiellement sur des analyses anthropologiques et démographiques, débordent très souvent de ces domaines et embrassent la politique, l'économie, etc. D'une très grande culture générale, je le considère comme un ultragénéraliste, un macropenseur, à même de synthétiser des sommes colossales d'informations (son dernier opus, L'Origine des systèmes familiaux, tome 1, étant particulièrement édifiant en la matière - mention spéciale aussi pour L'Invention de l'Europe, 1990). Ses théories, étayées par ces montagnes de données, l'éclairent sur les trajectoires possibles de l'avenir. 

La majorité de ses "prédictions", n'apparaissent donc pas dans une boule de cristal, mais en supposant la permanence de certains phénomènes dans le temps et dans l'espace (dans une certaine mesure, puisqu'en sciences sociales les changements sont rarement très nets).

Cette attitude tend d'ailleurs à réintroduire un certain déterminisme dans la perception de l'histoire qui a pu en déranger certains. Mais il ne faut à mon avis pas avoir peur : l'avenir a, par le passé (je sais...), toujours très bien su nous réserver surprise sur surprise. Il n'y a par contre rien de choquant à mon sens de penser que nombre de processus sociaux existent à l'intérieur de paramètres perceptibles et mesurables.

Voyons ci-dessous quelques-unes des caractéristiques principales de la pensée toddienne.

1. Une pensée spatiotemporelle
Emmanuel Todd a un amour immodéré des cartes. L'une de ses spécialités, comme on le remarque facilement en feuilletant ses livres, et comme il le reconnait lui-même dans l'un d'eux, est l'analyse du déroulement des évènements dans l'espace. C'est cette combinaison qui lui permet de mettre en lumière des corrélations surprenantes, dont l'une des plus importantes est bien sûr celle qui existe entre espaces anthropologiques et idéologiques. Notons aussi l'attention particulière apportée au processus de diffusion (par exemple l'alphabétisation) dans l'espace. C'est en quelque sorte un géohistorien.

2. Une attitude quantitative
L'analyse toddienne est, depuis le début, porté par les chiffres et l'analyse statistique. Qu'il s'agisse d'éplucher des recensements ou d'analyser des statistiques officielles, coefficients de corrélation, petits tableaux et autres ne sont jamais loin pour faire apparaitre la réalité. Les résultats des travaux d'Emmanuel Todd ont souvent un aspect qualitatif, mais ses livres ont plus souvent qu'à leur tour une saveur quantitative.

3. Pluridisciplinarité
La perspective "macro" implique souvent de déborder de la démographie et de l'anthropologie, pour aller voir l'économie, la politique, la linguistique, voire même la culture populaire.

4. Commentateur à tous les temps
La pensée toddienne est bien sûr historique, mais M. Todd n'hésite jamais à commenter le présent, et même l'avenir. Je pense que c'est ce qui l'amène souvent à commenter la politique et l'économie actuelles, car le présent ne peut être que le résultat du passé, et les régularités trouvées dans ce passé ne peuvent qu'éclairer ce qui suit. Le présent est aussi une grande expérience permettant de valider ou d'invalider des hypothèses.

Note sur le style
Emmanuel Todd écrit mais est aussi interviewé. Toutefois son style oral est quelquefois difficile à suivre comme il l'a lui-même fait remarquer il y a un ou deux ans de ça lors d'une émission d'Arrêt sur image. Le mécanisme et le fond de sa pensée se trouvent bien plus dans ses livres que dans les entrevues. Il faut souvent avoir lu les livres pour comprendre les entrevues.

Et voilà, petite intro trois fois plus longue que prévu. À suivre...

jeudi 26 juillet 2012

Graphie réformée du français (1)


Ceci n'est qu'une ébauche de ce qui pourrait se faire en matière de régularisation orthographique du français. Je n'y crois toutefois pas trop moi-même... 

I. Présentacion

Le but de la réforme ortografique est d’amener la grafie du français à être plus sistématique qu’elle ne l’est aujourdui par l’extension, le plus possible, de sa logique interne préexistante.
Je pose les conditions suivantes à la réussite de toute réforme ortografique (même si c’est sans trop y croire).

1. La grafie du français ne peut en aucun cas être parfaitement fonétique ou fonémique.
La raison principale en est que l’évolution fonétique historique naturelle du français l’a mené à de nombreuses élisions, notament de consones finales, qui génèrent de nombreus homofones, qui doivent absolument toujours pouvoir être distingués à l’écrit.

De plus, cette évolution fonétique a doné à notre langue ce qui s’apèle en lingüistique un sandhi, à savoir des fénomènes d’interaccion aus frontières des mots, que nous nomons liaisons. De nombreuses liaisons sont obligatoires en français (les autres), et encore plus sont courantes dans le langage soutenu. Les francofones ne doivent en aucun cas confondre le vert avec le ver ou autres verres.

2. La logique interne du français doit être préservée
Les francofones ne doivent pas avoir à réaprendre à écrire, ou pire, à lire, ce serait une perte de temps. L’une des règles cardinales du français et qui sera préservée est l’amuissement de la consone finale, ou des deux dernières consones selon le cas (verts = « ver »). Les voyelles resteront elles aussi la plupart du temps inchangées, à la fois pour des raisons d’homofonie et pour d’autres, exposées plus bas.

3. Certaines incohérences doivent être corigées
Au cours de l’histoire, nombreuses incohérences se sont introduites dans la grafie de la langue. Certaines sont irréductibles, alors que d’autres ne peuvent être décrites que comme de regrettables erreurs. Par exemple, les x du pluriel… Dérivés d’une contraccion à utilisée à l’écrit du l et du s, qui terminaient de nombreus mots (notament par vélarisacion du l – un journal, des journaus), ce x n’a aucune valeur, ni étimologique, ni fonétique (il se comporte come un s en fin de mot). Nous parlerons donc des nombreus journaus sur les genous.

Dans certains mots comme chois, cela aura pour effet de racorder la mots de la même famille (choisir ; voir aussi heureus - heureusement).

Aussi, dans ce même esprit, j’adopte les Rectificacions ortografiques de 1990, à moins qu’elles ne s’écartent des règles édictées ci-dessous.

4. Aucun changement de prononciacion n’est ocasioné par la réforme
Le français, l’une des langues européennes écrites depuis le plus longtemp, possède une grafie conservatrice. Il me semble que certaines langues codifiées plus réçament ont pu adopter une grapfie plus cohérente en raison du fait que leur prononciacion au moment de la codificacion était plus proche du parler moderne. Quoiqu’il en soit, historiquement, c’est la grafie qui suit la fonétique à petits pas, et non l’inverse.

5. Les règles gramaticales restent identiques, pour l’essenciel
La gramaire n’est pas afectée par ces rectificacions, qui ne sont qu’ortografiques. Quelques changements seront toutefois faits par cohérence avec les autres évolutions. On aura notament je peus et je veus.

6. Lien avec les autres langues romanes
Bien que l’évolucion fonétique du français ait été importante par rapport à ce qu’elle a été dans la plupart des autres langues romanes, leur grafie généralement racionalisée par rapport à celle du français ne peut être qu’une source d’inspiration. Que nos seurs latines aient parcouru un chemin similaire ne peut que nous éclairer dans notre quête (que de grands mots) d’un peu plus de cohérence. Les deus autres langues romanes occidentales principales (c’est-à-dire celles qui forment leur pluriel en s), le castillan et le portugais, sont ici prises explicitement come sources d’inspiration. De nombreus principes ortografiques de ces langues sont transposables au français, et c’est ce que nous ferons. Cela aura donc pour effet colatéral agréable de raprocher la grafie du français de celle des deus langues romanes les plus importantes au monde (démografiquement). Cela se manifeste entre autres dans le chois d’éliminer des « lettres grèques » (qui ne le sont pas, ce ne sont que des translitéracions) et dans le chois de transformer les mots en –tion en –cion (voir le –ción espagnol et le -ção portugais).

Partie 2